Association d’Études sur la Renaissance,
l’Humanisme et la Réforme

Maison des Sciences de l’Homme Lyon St-Etienne
14, avenue Berthelot - 69007 Lyon

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    Éditions Lyonnaises de Romans du XVIe siècle (1501-1600)

    Titre uniformisé :
    [Amadís de Gaula] Amadis de Gaule, livre I
    Édition(s) lyonnaise(s) :
    1. Benoît Rigaud, 1575 : Le Premier Livre d’Amadis de Gaule
    2. François Didier, 1577 : Le Premier Livre d’Amadis de Gaule
    Auteur :
    Montalvo, Garcí Ordóñez de
    Traducteur :
    Herberay des Essarts, Nicolas de
    Type d'ouvrage :
    roman d’aventures récent traduit

    Informations fiche

    Auteur principal :
    Gaëlle Burg
    Fiche créée le :
    04/11/2011
    Dernière actualisation le :
    19/03/2019

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    Bibliographie

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    Éditions anciennes

    Éditions lyonnaises

    1. Benoît Rigaud, 1575

    Le Premier Livre d’Amadis de Gaule. Lyon, Benoît Rigaud, 1575.
    Exemplaires :
    -  Paris, Bnf, Y2 6210
    - Paris, Bnf, Rés. Y2 1362
    - Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, Rés. 8° B. 29383 (2)
    - Münich, Bayerische Staatsbibliothek, P.o.hisp.1020q-1 (consultable en ligne).

    2. François Didier, 1577
    Le Premier Livre d’Amadis de Gaule. Lyon, François Didier, 1577.
    Exemplaires :
    - Paris, Bnf, Rés. Y2 1388
    - Paris, Bibliothèque Mazarine, 46029 BL 245. A. 2
    - Paris, Bibliothèque Mazarine, G. 16674
    - Paris, Bibliothèque de la Sorbonne, R. ra. 9 nain (1)°
    - Cambridge, Trinity College, Grylls 4. 1.
    - Vienne, Bibliothèque nationale, BE.11.W.23 (consultable en ligne).

    Autres éditions anciennes

    - Le Premier Livre de Amadis de Gaule, qui traicte de maintes adventures D’armes et D’amours, qu’eurent plusieurs Chevaliers et Dames, tant du royaulme de la grand Bretaigne, que d’aultres pays. Paris, Vincent Sertenas, Denis Janot et Jean Longis, 1540. Exempl. : Paris, Bnf, Rés. Vélins 625 (Sertenas) ; Le Mans, Bibliothèque municipale, Rés. Fol. BL 3432 (Longis) ; Münich, Bayerische Staatsbibliothek, P. o. hisp. 4a (Janot).
    - Le Premier Livre de Amadis de Gaule, qui traicte de maintes adventures D’armes et D’amours, qu’eurent plusieurs Chevaliers et Dames, tant du royaulme de la grand Bretaigne, que d’aultres pays. Paris, Vincent Sertenas, Denis Janot, Jean Longis (associations qui varient selon les exemplaires), [après 1543]. Exempl. : Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, Rés. Masson 354 (Sertenas) ; Londres, British Library, 12403. H. 14(1) (Janot) ; Münich, Bayerische Staatsbibliothek, P. o. hisp. 4 (Janot) ; Cambridge, Trinity College, G. 6. 24 (Longis).
    - Le Premier Livre de Amadis de Gaule, qui traicte de maintes adventures d’Armes et d’Amours, qu’eurent plusieurs Chevaliers et Dames, tant du royaulme de la grand Bretaigne, que d’aultres pays. Paris, Vincent Sertenas, Denis Janot, Jean Longis (associations qui varient selon les exemplaires), 1544. Exempl. : Lyon, Bibliothèque municipale, Rés. 107713 et Rés. 157929 (Janot) ; Paris, Bibliothèque de la Sorbonne, 4°Rra 125 (Janot) ; Angers, Bibliothèque municipale, Rés. BL 2732 (Janot).
    - Le Premier Livre de Amadis de Gaule, traittant de maintes adventures d’Armes et d’Amours, qu’eurent plusieurs Chevaliers et Dames, tant du royaulme de la grand’bretaigne, que d’autres païs. Paris, Vincent Sertenas, Etienne Groulleau, Jean Longis (associations qui varient selon les exemplaires), 1548. Exempl. : Paris, Bnf, Rés. Y2 104 (Sertenas) et Rés. Y2 116 (Longis) et Rés. Y2 128 (Groulleau) et Rés. Y2 136 (Sertenas) ; Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 4° NF 15549(1) (Longis) et fol. Rés. BL 958 (Sertenas) ; Münich, Bayerische Staatsbibliothek, 2. P. o. hisp. 9-1/3.
    - Le premier Livre d’Amadis de Gaule. Paris, Vincent Sertenas, Etienne Groulleau, Jean Longis (associations qui varient selon les exemplaires), 1548. Exempl. : Paris, Ecole des Beaux-arts, Rés. 8° Masson 230 (Longis).
    - Le premier Livre d’Amadis de Gaule. Paris, Vincent Sertenas, Etienne Groulleau, Jean Longis (associations qui varient selon les exemplaires), 1550. Exempl. : Paris, Bnf, Rés. pY2 3148 (1) (Groulleau) ; Paris, Bibliothèque Mazarine, 46029.
    - Le premier Livre d’Amadis de Gaule. Paris, Vincent Sertenas, Etienne Groulleau, Jean Longis (associations qui varient selon les exemplaires), 1555. Exempl. : Paris, Bnf, Rés. Y2 1326 (Sertenas) ; Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 8° B. 29393 (Sertenas) ; Lyon, Bibliothèque municipale, Rés. 373184 (Longis).
    - Le premier Livre d’Amadis de Gaule. Paris, Vincent Sertenas, Etienne Groulleau, Jean Longis (associations qui varient selon les exemplaires), 1557. Exempl. : Paris, Bnf, Rés. Y2 1338 (Sertenas, in-8) ; Londres, British Library, BL 1075. a. 6. (1) (Groulleau, in-16) et G 16673 (Sertenas, in-8).
    - Le premier Livre d’Amadis de Gaule. Paris, Vincent Sertenas, Etienne Groulleau, Jean Longis (associations qui varient selon les exemplaires), 1560. Exempl. : Londres, British Library, BL 12450. Bbb. 1 ; Genève, Bibliothèque publique et universitaire, Hga 293.
    - Le premier livre d’Amadis de Gaule. Anvers, Christophe Plantin (certains exemplaires mentionnent le nom de Jan van Wesberghen comme imprimeur), 1561. Exempl. : Paris, Bnf, Rés. Y2 628 ; Paris, Bibliothèque de la Sorbonne, R. ra. 402 (1)8° ; Londres, British Library, BL 12450 d. 22(2) ; Vienne, Osterreichische Nationalbibliothek, 40 S 34 (1).
    - Le premier livre d’Amadis de Gaule. Anvers, Guillaume Sylvius, 1574, in-4. Exempl. : Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, Rés. 8° B. 29383(1,2) ; Carpentras, Bibliothèque municipale, N655 ; Londres, British Library, BL C. 97. b. 20.


    Éditions modernes

    - MONTALVO, Garcí Ordóñez de, Le premier livre d’Amadis de Gaule, trad. N. Herberay des Essarts, éd. Hugues Vaganay et révis. Yves Giraud, 2 t., Paris, Nizet, 1986. D’après l’édition de 1540.

    - MONTALVO, Garcí Ordóñez de, Amadis de Gaule. Livre I, trad. N. Herberay des Essarts, éd. Michel Bideaux, Paris, Champion, 2006. D’après l’édition de 1544.


    Éditions du texte source

    Editions anciennes d’Amadís de Gaula, livre I de Montalvo

    - MONTALVO, Garcí Ordóñez de, Los quatros libros del virtuoso caballero Amadís de Gaula : Complidos. Saragosse, Jorge Coci, 1508. Exempl. : London, Bristish Library BL C 20. 6. 
    - MONTALVO, Garcí Ordóñez de, Los quatro libros de Amadís de Gaula nuevamente impressos y historiados […]. Séville, J. Cromberger, 1526. Exempl. : Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, Rés. BL 956. 


    Éditions modernes d’Amadís de Gaula, livre I de Montalvo

    - MONTALVO, Garcí Ordóñez de, Amadís de Gaula, éd. Place Edwin B., 4 vol. (livres I-IV), Madrid, Consejo Superior de Investigaciones Scientíficas, 1959-1969. D’après l’ éd. Saragosse 1508.
    - MONTALVO, Garcí Ordóñez de, Amadís de Gaula, éd. Cacho Blecua Juan Manuel, 4 vol. (livres I-IV), Madrid, Catedra, coll. Letras Hispánicas, 1987. D’après l’éd. Saragosse 1508 et variantes Rome 1519, Séville 1526, Venise 1533.
    - MONTALVO, Garcí Ordóñez de, Amadís de Gaula, éd. Cirlot Victoria et Ruiz Domenc J. E., 4 vol. (livres I-IV), Madrid, Barcelone, Planeta, 1991.
    - MONTALVO, Garcí Ordóñez de, Amadís de Gaula, éd. Rodríguez Velasco Jesús, 2 vol. (livres I-IV), Madrid, Fondación José Antonio de Castro, 1997. D’après l’éd. Saragosse 1508. 


    Études et articles

    ALONSO CORTES, Narciso, « Montalvo, el del Amadís », Revue hispanique, LXXXXI, 1933, p. 434-442.

    AVALLE D’ARCE, Juan Bautista, « El Amadís primitivo », in Actas del Sexto Congreso Internacional de Hispanistas, dir. A. M. Gordon et E. Rugg, Toronto, août 1977, University of Toronto, 1980, p. 79-82.

    AVALLE D’ARCE, Juan Bautista, « The Primitive Version of Amadís de Gaula », in The Late Middle Ages, dir. P. Cocozella, Binghampton, SUNY, 1984, p. 1-22.

    AVALLE D’ARCE, Juan-Bautista, Amadís de Gaula, el primitivo y el de Montalvo, Mexico, Fondo de Cultura Economica, 1990.

    CAPPELLO, Sergio, « I Prologhi del Premier livre d’Amadis de Gaule (1540) », Filologia moderna, n° 11/1, 1991, p. 25-41.

    CAZAURAN, Nicole, « Amadis de Gaule en 1540 : un nouveau roman de chevalerie ? », Cahiers V.-L. Saulnier, n° 17, 2000 (Les Amadis en France au XVIe siècle), p. 21-39.

    CHATELAIN, Jean-Marie, « L’illustration d’Amadis de Gaule dans les éditions françaises du XVIe siècle », Cahiers V.-L. Saulnier, n° 17, 2000 (Les Amadis en France au XVIe siècle), p. 41-52.

    DE RIQUER, Martin, Estudios sobre Amadis de Gaula, Barcelone, Sirmio, 1987.

    EBERHARD, Valentin, « L’Amadis espagnol et sa traduction française : évolution stylistique et continuité thématique », Linguistica antwerpensia, n° 10, 1976, p. 149-167.

    FOULCHE-DELBOSC, Raymond, « La plus ancienne mention d’Amadis », Revue Hispanique, n° 15, 1906, p. 815.

    GUILLERM, Luce, Sujet de l’écriture et traduction en France autour de 1540, Paris, Aux Amateurs de livres, 1988.

    HUCHON, Mireille, « Amadis, " Parfaicte idée de nostre langue françoise " », Cahiers V.-L. Saulnier, n° 17, 2000 (Les Amadis en France au XVIe siècle), p. 183-200.

    HUCHON, Mireille, « Traduction, translation, exaltation et transmutation dans les Amadis », Camenae, n° 3, 2007, p. 1-10.

    RAWLES, Stephen, « The Earliest Editions of Herberay’s Translation of Amadis de Gaula », The Library, n° 6, 3, 1981, p. 91-108.

    REACH-NGO, Anne, « Les chapitres d’Amadis au service de la promotion d’un best-seller », in Deviser, diviser. Pratiques du découpage, poétiques du chapitre, dir. P. Victorin et S. Triaire, Montpellier, Presses Universitaires de la Méditerranée (Revue Cartes Blanches), 2011, p. 145-164.

    ROUBAUD-BENICHOU, Sylvie, Le Roman de chevalerie en Espagne, entre Arthur et Don Quichotte, Paris, Champion, 2000.

    SIMONIN, Michel, « La disgrâce d’Amadis », Studi francesi, n° 28, 1, janvier-avril 1984, p. 1-35.

    VAGANAY, Hugues, Amadis en français. Essai de bibliographie et d’iconographie, Florence, Olschki, 1906 (livres I-XII).

    VAGANAY, Hugues, « Les éditions in-octavo de l’Amadis en français », Revue hispanique, n° 85, 1929, p. 1-53.

    Carnets de recherches

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    Histoire éditoriale

    C’est à Garci Rodríguez de Montalvo que l’on doit la source directe du premier livre d’Amadís de Gaula, roman de chevalerie espagnol récent, en français. Selon la critique, la rédaction du prologue par Montalvo ne saurait être antérieure à janvier 1492 (voir Bibliographie : Bideaux, p. 19). La première édition connue date de 1508 (Saragosse, Jorge Coci). Cependant, il est fort probable qu’une édition antérieure, aujourd’hui perdue, ait été imprimée du vivant de Montalvo dans la région de Medina del Campo (voir Bibliographie : Juan-Bautista Avalle d’Arce 1990, p. 38). Il faut attendre 1540 pour qu’Herberay des Essarts donne une traduction en français de ce premier livre d’Amadís. Le traducteur a pu utiliser l’édition espagnole de 1526 (Séville, J. Cromberger ; voir Bibliographie : Bideaux, p. 63-64)). 

    Filiation des éditions

    La filiation des éditions de la traduction se révèle particulièrement complexe (voir Bibliographie : Rawles, p. 105-108 ; Giraud, p. [21]-[28] ; Bideaux, p. 87-100). En voici plusieurs raisons : l’association, dès l’origine, de plusieurs imprimeurs parisiens (Denis Janot, Jean Longis et Jean Sertenas), la multiplicité des éditions et celle des versions du texte, retouché ponctuellement par le traducteur.
    L’édition princeps est publiée à Paris et datée en 1540 ; l’un des exemplaires, imprimé sur vélin (Bnf, Rés. Vélins 625), a pu être offert à Charles d’Orléans, à qui le prologue est dédicacé. Une seconde édition est datée elle aussi de 1540 tout en étant manifestement postérieure : le colophon signale deux titres obtenus par Denis Janot le 10 avril 1543 ; elle comporte des corrections mineures dans trois cahiers, qui sont conservées dans l’édition suivante. Cette dernière est datée de 1544 : elle apporte de nouvelles corrections, en modernisant la langue, en optant pour des habitudes graphiques inédites et parfois en réécrivant certains passages. Après 1544, l’association des imprimeurs-libraires, dans laquelle Étienne Groulleau a désormais pris la suite de Denis Janot, réédite le texte à plusieurs reprises jusqu’en 1560, sur le modèle de l’édition de 1544 et dans différents formats (majoritairement l’in-octavo mais aussi l’in-16 proposé par Groulleau pour sa réédition des livres I à VII en 1557). Notons cependant une exception pour l’édition de 1547, qui s’inscrit dans la filiation de la seconde édition.
    Quatre autres imprimeurs-libraires situés hors de Paris publieront ce premier livre jusqu’au dernier quart du siècle : Christophe Plantin en 1561 et Guillaume Silvius en 1574 à Anvers (format in-4), Benoît Rigaud en 1575 (éd. 1) et François Didier en 1577 (éd. 2) à Lyon (format in-16). Les éditions anversoises et lyonnaises s’inscrivent dans la filiation de l’édition in-8 de 1547, sans lien direct des secondes aux premières (voir Bibliographie : Bideaux, p. 92).

    Éléments du paratexte : saisie personnelle

    Exempl. Münich, Bayerische Staatsbibliothek, P. o. hisp. 4a (éd. Paris, Vincent Sertenas, Denis Janot, Jean Longis)
    Après un privilège et trois poèmes rédigés par Michel Le Clerc, Mellin de Saint-Gelais et Antoine Macaut l’édition comporte un prologue de Des Essarts et la traduction du prologue de Montalvo. L’édition anversoise de Christophe Plantin de 1561 contient, en plus de l’appareil liminaire habituel, un prologue inédit de la part de l’imprimeur-libraire. Notons que l’édition lyonnaise de Benoît Rigaud ne reproduit pas les deux prologues d’Herberay et Montalvo.

    Prologue du translateur du livre d’Amadis, d’Espagnol en Francoys. A treshault et tresillustre prince Charles Duc d’Orleans et d’Angoulesme, second filz du Roy, Nicolas de Herberay seigneur des Essars, treshumble salut.
    [f. a3-a3 vº] 
    Depuis deux ou trois ans en ça, que Mars s’est eslongné d’entre les Princes chrestiens, contrainct laisser enrouiller ses armes et instrumens bellicqueux : à l’occasion de la treusve, qui est de present, entre le treschrestien et magnanime Roy vostre pere, et Charles cinquiesme Empereur, estant par ce moyen reduict de l’impetueuse vie des armes, ou bien du repos et loisir, me suis mis (pour eviter la trop pernitieuse oysiveté) à lire plusieurs sortes de livres, tant vulgaires que estranges : entre lesquelz m’estant tumbé es mains celuy d’Amadis de Gaule en langue Castillane, lequel maintesfois plusieurs gentilz hommes d’Espagne, m’avoient loué et estimé sur tous leurs Romans, Et le trouvant tel qu’ilz me l’avoient asseuré, tant pour la diversité des plaisantes matieres, dont il traicte, que de representation subtilement descripte qu’il fait des personnes suyvant les armes, ou amours : ay prins plaisir à le communicquer par translation (soubz vostre auctorité) à ceulx qui n’entenderont le langaige Espagnol, pour faire revivre la renommée d’Amadis (laquelle par l’injure et antiquité du temps, estoit estaincte en ceste nostre France) Et aussi pource qu’il est tout certain qu’il fut premier mis en nostre langue Francoyse, estant Amadis Gaulois, et non Espagnol : Et qu’ainsi soit j’en ay trouvé encores quelque reste d’ung vieil livre escript à la main en langaige Picard, sur lequel j’estime que les Espagnolz ont fait leur traduction, non pas du tout suyvant le vray original, comme l’on pourra veoir par cestuy, car ilz en ont obmis en d’aulcuns endroictz, et augmenté aux aultres : parquoy suppliant à leur obmission elle se trouvera en ce livre, dens lequel je n’ay voulu coucher la plus part de leurdicte augmentation, qu’ilz nomment en leur langaige Consiliaria, qui vault autant à dire au nostre comme advis ou conseil, me semblans telz sermons mal propres à la matiere dont parle l’histoire : laquelle j’ay expressement mise en lumiere, non pour esperance d’en rapporter louenge (estant l’œuvre de trop peu de merite) mais seulement pour tesmoigner à tout le monde, combien je vouldrois povoir pour vous faire treshumble service, mesmement pour vous donner quelque fois dequoy recréer vostre gentil esprit, lors qu’il sera ennuyé de lire choses plus haultes et ardues, toutesfois je n’eusse esté jamais si temeraire, ny ne me feusse jusques la oublié de le presenter devant vostre excellence, n’estoit qu’a l’imitation de vostre tresillustre progeniteur, vous estes estimé le prince qui plus humainement et gratieusement recoit aussi tost les moindres presens des petiz, que les bien grans des majeurs, conformant vostre grandeur et magnanimité à la volunté de ceulx qui vous desirent faire service. Et combien que ce qui s’offre en ceste traduction d’Amadis, ne soit tiré de nul auteur fameulx pour luy donner couleur de verité, si trouvera on en elle tant de rencontres chevaleureuses et plaisantes, avec infiniz propos d’amours si delectables à ceulx qui ayment ou sont dignes d’aymer, que toute personne de bon jugement se doit persuader (voire quasi contraindre) à lire son histoire pour le passe temps et plaisir qu’il pourra recevoir en la bien voyant. A ceste cause, Monseigneur, je m’ose asseurer que si elle treuve grace devant voz yeulx, ou soit quelque peu favorisée de vous, que non seulement elle sera estimée beaucoup : mais acquerra le premier lieu entre toutes les aultres histoires semblables, qui est en partie la cause pour laquelle j’ay entreprins la traduire, et aussi pour faire cognoistre à chascun mon intention qui tend à exalter la Gaule, en laquelle passe de present ung siecle bien heureux, par la grace que Dieu nous donne de vous avoir fait naistre en voz jours : durant lesquelz nous esperons tant de vous, que devous veoir, quelque fois aussi grand par-dessus les princes estranges, que vous estes aymé et honoré des vostres. Doncques Monseigneur je vous supplie treshumblement recevoir ce premier livre d’Amadis, et le fruict de mon labeur, avec telle facilité et bon visaige que vous avez acoustumé recevoir les presens de chascun, entre lesquelz nul ne vous est offert plus grand que les cueurs et bonnes voluntez des gentilz hommes, qui vous sont du tout acquis, tant pour le bon recueil que vous leurs faites, que pour la bonne grace que vous avez, accompaignée de voz aultres perfections et vertuz : et si vous appercepvez en quelque endroict que je ne me soye assubjecty à le rendre de mot à mot, je vous supplye croire que je l’ay fait, tant pource qu’il m’a semblé beaucoup de choses estre mal seantes aux personnes introduictes, eu regard es meurs et facons du jourdhuy, que aussi pour l’advis d’aulcuns mes amys, qui ont trouvé bon me delivrer de la commune suspersititon des translateurs, mesmement que ce n’est matiere ou soit requise si scrupuleuse observance, ce que pourtant si je cognois vous avoir despleu en ce premier livre, je mettray peine aux aultres de faire mieulx pour vous obeir, et faire toute ma vie treshumble service.


    Prologue de l’aucteur Espagnol d’Amadis traduict en Francoys.
    [f. a4-a5]
    Les Hystoriens tresrenommez qui ont escript et embelly les hystoires et faitz chevaleureux de ceulx qu’ilz ont voulu favoriser et rendre immortelz, par la facilité de leur bien escripvante plume : Considerant qu’encores, qu’ilz eussent assez matiere et subject pour les hault louer, neantmoins les ont voulu faire estimer tant excellens es choses, esquelles ilz estoient appellez, que avec aulcune verité, sur laquelle ilz ont prins leur fondement, y ont adjousté et approprié plusieurs choses non advenues, si proprement et par tant vraye similitude, que l’on s’est aiséement consenty à les croire, telement qu’au jourdhuy ilz nous representent en grande admiration (devant les yeulx) la force supernaturelle de maintz personnages, comme l’on peult lire en Homere, et aultres escripvantz les faitz tant des Grecz, Troyens, que Romains, sur lesquelz ilz ont employé et projecté leur parler eloquent. Ce que tesmoigne assez Saluste, disant que les faitz et grandes entreprinses des Atheniens, n’ont volé plus hault que ceulx qui en ont emply leurs livres leur ont donné de pannage par leur bien dire : Ce qui se doit aiséement croire, et plus encores nous faire douloir, voyant maintenant la monarchie du monde (mesmes nostre Espaigne) si rare de telz sçavans personnages : Car si à present elle estoit tant amye de fortune d’avoir en elle le moindre d’infiniz qui sont mors, quel subject, quelle matiere s’est offerte depuis dix ans en ça, pour remplir l’Orient et les aultres regions terrestres des grands faitz d’armes, et chevaleureuses entreprinses, qu’a faictes nostre magnanime Roy catholique don Fernand en la glorieuse conqueste du royaulme de Grenade, mesmes les grandes persuasions qu’il donnoit à ses capitaines et souldars, suffisantes pour animer les plus timides à combatre virilement, et trop hardiment. Mais quoy, ayant faulte de telz personnages s’ensuyt il que sa gloire doive estre moindre ? vrayement non : toutesfois son heur en eust esté plus grand, car pour perpetuer, et rendre son nom immortel, il l’eussent peu colloquer au plus hault siege de renommée, adjoustant avec l’histoire vraye ce qu’il leur eust semblé apte et propre à la matiere subjecte, ainsi que l’on a fait pour ceulx desquelz par grande affection et peu de verité, ont esté preferez à ce bon prince, qui l’avoit merité devant eulx, d’autant que la difference de leurs loix est grande, car ses aultres servoient au monde, duquel ilz ont receu leur retribution par leur nom perpetué, et nostre roy au seigneur : Lequel cognoissant son bon et sainct vouloir, mesmes l’amour qu’il avoit en luy, luy a voulu tant ayder, et favoriser, que de le rendre digne de mettre à execution avec (toutesfois) grand travail et forte despense : Ceste conqueste, laquelle est à l’augmentation de la religion chrestienne, et de son service : Mais si sa renommée n’a volé si hault, comme il merite, sa recompense n’en est amoindrie au siecle des siecles.
    Ce grand Hystorien Tite Live descripvant son histoire (en laquelle il a eslevé et employé tout son sçavoir pour illustrer les glorieux Romains) a en aultre manière de faire trop plus persuasive à legere créance, que celle de ceulx desquelz cy devant nous avons parlé. Car s’il a separé d’eulx les forces corporelles, il les a d’autant plus approchées de la hardiesse et vertu du couraige, voulant oster le doubte que l’on faisoit sur telz effors. Et pour ce faire, a reduit en mémoire la magnanimité de celuy Mucius Scevola, qui sans contrainte luy mesmes se brusla le bras. Et de ce gentil chevalier Quintus Curcius, lequel de sa propre volunté se precipita dans le perilleux gouffre, ce qui se doit aiséement croire, veu que nous en voyons encores maintenant tant de valleureux et couraigeux, qui font aussi peu de cas que rien de mourir (voire de milles mors s’ilz povoient pour la salutation de quelqu’ung leur particulier amy) voila pourquoy Tite Live est estimé historien tresveritable : Car il ne fait nulle mention en ses œuvres de ces grans coups espouventables ou rencontres d’adventures. Ainsi qu’ont voulu faire ceulx qui ont parlé du fort Hector, du fameulx Achiles, du vaillant Troylus, du hardy Ajax Talamon, et d’infiniz aultres, desquelz il a esté escript selon les affections de ceulx qui ont mis la main à la plume, comme l’on peult cognoistre du duc Godeffroy de Buillon Roy de Hierusalem, lequel estant au pont d’Antioche, donna (comme l’on dit) si pesant coup d’espée à ung Turcq armé qu’il le separa en deux pars. Vrayement il se peult et doit on croire avoir esté une Troye assiegée, et destruicte par les Grecz, et Hierusalem conquis, avec plusieurs aultres places, par ce duc et ses compaignons. Mais il est tout clair à l’œil, et chose trescertaine, que ces coups qui font l’effort des fouldres et tonnerres, sont inventions de gens qui ont voulu ainsi parler, tant pour donner merveilles à ceulx qui les vouldroient croire, que pour decorer leurs Romans de telles mensonges, n’ayans (peult estre) assez matiere pour emplir leurs volumes, à quoy ne se doit adjouster nulle foy, et qu’il soit vray, considerons si les adventures des armes du siecle present, approchent en riens à celles d’allors, toutesfois ilz ne sont à rejecter, car il s’y trouvera maintes bonnes exemples, qui peuvent servir pour la salutation de noz ames, desquelz nous ayderons, pour acquerir la grace du seigneur, avec laquelle nous parviendrons au lieu de beatitude, qui nous est promis. Parquoy considerant ce que dessus, voulant plustost laisser de moy quelque mémoire que d’estre oysif, me suis adressé aux choses faciles, en imitant les moindres orateurs, pour estre mon sçavoir au leur plus conforme : Et pour ce faire me suis mis à corriger les trois premiers livres d’Amadis, lesquelz (par faulte des maulvais escripvains, ou traducteurs trop corrompuz, et vicieulx) ont esté jusques à maintenant de peu de fruict : Et translatant aussi le quart livre suyvant, avec les faictz d’Esplandian filz d’icelluy Amadis, lesquelz jusques adonc n’ont esté veuz de nul, car l’on les a trouvez par cas fortuit en ung Hermitaige, pres Constantinople, soubz une tombe de pierre, escriptz en lettre, et en parchemin si antique, qu’à grand peine ilz se povoient lire, puis apportez en ces pays d’Espaigne, par ung marchant Hongre. Or ont esté ces cinq livres, telement traduictz, corrigez, et enrichiz de telles exemples, et bonnes doctrines, que combien que jusques à present ilz ayent esté profanez, comme fabuleux, Maintenant l’on les pourra comparer par raison, à la foible escorce du liege enchassée en pur or, et enrichie de pierres orientalles, car non seulement les jeunes chevaliers y pourront prendre exemple, et y proffiter, mais les anciens mesmes, y trouveront du fruict, auquel ilz prendront goust et saveur. Et si d’adventure en lisant et poursuyvant l’histoire, il se rencontre quelque faulte ou parole mal digerée : Je supplie humblement ung chascun les excuser, et m’estre favorable. Pourtant que la faulte qui y peult estre, est plus causée par simplesse que aultrement.

    Exempl. Vienne, Bibliothèque nationale, BE.11.W.23 (éd. 2)
    L’édition lyonnaise de François Didier de 1577 contient elle aussi, en plus de l’appareil liminaire habituel, un « Avertissement au Lecteur » de l’imprimeur-libraire.

    Avertissement au Lecteur.
    [f. A2-A2 vº]
    Amy lecteur, je vous ay bien voulu avertir de la diligence par nous employée à la correction d’Amadis lequel estoit corrompu et mutilé en plusieurs endroits, comme il sera facile à juger conférant les precedentes impressions de ce brave Romant avec la nostre. D’avantage je vous veux bien aviser que nous avons eu l’œil à l’orthographe et manière d’escrire, laquelle est aujourd’huy tant diverse et biiarre. Toutesfois sans rien innover, nous avons suivy la commune façon d’orthographier, excepté que suivant l’avis d’aucuns hommes lettrez, celuy qui a reveu cet auteur a trouvé bon de retrancher plusieurs lettres superflues en l’escriture Françoise. Car quelle raison y a il d’escrire [vaillants] pour vaillans, [sçachants] pour sçachans, [doubte] pour doute, [faict] pour fait, [acquerir] pour aquerir, et une infinité d’autres. Si on me dit que cete manière d’escrire est usitée, et que souvent l’usage et coustume s’introduit au lieu de la loy, je respons que c’est une mauvaise coustume et que tout homme de sain jugement m’avouëra que ces lettres, t, b, c, sont redondantes en ces mots susdictz, comme en une infinité d’autres. Si on me dit que ces lettres sont aux mots Latins, desquels, les mots françois descendent, comme en sçientes, dubium, factum, acquirere. Ne voyez vous que ces lettres ont force et qu’elles sont prononcées, et non pas es mots François ? Quelle raison y a il de ne faire diference entre [dit] present ou preterit, et [dist] qui est aoriste ? mais je m’estendroy paraventure trop loing si j’en vouloy escrire plus avant et n’y auroit icy assez de place. Pour donc reprendre nostre propos je vous avise (lecteur) d’employer voz heures de loisir à la lecture de ce Romant, auquel vous prendrez grand plaisir et recreation, outre le grand profit que vous tirerez de la grace et pureté du langage, et les gentils traits qui peuvent servir de miroir à la vie, comme des accidens et traverses de fortune et de ce qui est descrit aux xxxiii. et xxxv. chapitres, de ce premier livre : car combien que cecy soit faict à plaisir, si est ce qu’il est aisé à voir qu’il y a des choses qui peuvent avenir et qui aviennent de jour en jour, comme les extremités et passions en amour, envies, contentions, pertes de hauts estats, restitutions de biens et bonneurs et mille accidens : le tout si proprement descrit, que l’on en peut tirer exemple merveilleusement profitable à la vie humaine.

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